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Une IADE en Afghanistan

Carola Levasseur, infirmière anesthésiste au bloc tête et cou de l’hôpital Gui de Chauliac, est partie en Afghanistan du 3 au 16 décembre dernier dans le cadre d’une mission humanitaire à l’hôpital mère-enfant de Kaboul avec l’association « la chaîne de l’espoir ».

 

Quelques mots de l’Afghanistan…C’est un pays d’Asie Centrale, montagneux sans accès à la mer, où l’eau douce est limitée. Le climat est continental, avec des étés arides et des hivers froids. Le pays est fréquemment sujet aux tremblements de terre. Il figure parmi les pays les plus pauvres de la planète. Environ 60% de la population est sans logement.

 

  La population est divisée en un grand nombre de groupes  ethniques (Pachtounes 30%, Tadjiks 25%, Hazaras 20%, Ouzbeks 9%). La religion prédominante est musulmane. Pendant l’occupation soviétique et la guerre civile, 30% des écoles furent détruites. Lors du régime Taliban (mouvement fondamentaliste de musulman islamiste soutenu par le Pakistan), l’éducation des garçons ne fut pas une priorité, et les filles en furent bannies. Ce qui explique que 64% de la population est analphabète.

En 2004, 2 ans après l’invasion internationale, l’Afghanistan est redevenu le premier pays producteur mondial de pavot dont le latex est utilisé pour produire l’opium et l’héroïne.

  Histoire du pays en résumé…En janvier 1980, les troupes soviétiques envahissent la majeure partie du pays. Des musulmans de nombreux pays (dont le saoudien Oussama Ben Laden) rejoignent l’Afghanistan pour se battre contre les soviétiques. En avril 1988, des accords de Genève sont signés entre le gouvernement de Kaboul, l’URSS, le Pakistan et les Etats-

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Unis mais l’opposition afghane ne reconnaît pas ces accords. En février 1989 débute la guerre civile opposant le gouvernement communiste et les rebelles. Avril 1992, Ahmad Shah Massoud, islamiste modéré tadjik, entre dans Kaboul avec plusieurs milliers d’hommes et devient ministre de la défense. De 1992 à 1995, un gouvernement issu de la résistance afghane prend le pouvoir. Soutenu par l’armée pakistanaise, les talibans vont alors conquérir l’essentiel du pays et instaurer une dictature fondamentaliste. Septembre 1996, les talibans prennent Kaboul et s’emparent du pouvoir. Juillet 1997, les forces de Massoud prennent le contrôle des zônes au nord de Kaboul. Avril 1998, le processus de paix proposé par l’ONU fut un échec. Juillet 2000, le mollah Omar ordonne par décret la destruction de toutes les statues pré-islamiques dont le Bouddha de Bamiyan. Septembre 2001, le commandant Massoud est victime d’un attentat suicide. Septembre 2001, attentat aux USA, Oussama Ben Laden, fondateur du réseau al-Quaïda basé en Afghanistan, est tenu responsable. Octobre 2001, bombardements américains sur les principales villes talibanes. Hiver 2001-2002, chute du régime taliban. Aujourd’hui, la république islamique d’Afghanistan est dirigée par  un gouvernement élu et jouit du soutien de tout le peuple. La multiplication des attentats suicides en Afghanistan traduit une tentative des Talibans à dissuader la Force Internationale d’Assistance à la Sécurité. L’OTAN dirirge L’ISAF à Kaboul depuis août 2004. L’instabilité du pays perdure.

Prés de 30 années de conflits et de guerre civile ont créé en Afghanistan une situation sanitaire catastrophique. C’est dans ce contexte que la « chaîne de l’espoir » créée par le Pr Alain Deloche, sous l’égide de Médecins du Monde a décidé d’implanter un hôpital mère-enfant à Kaboul. La première pierre a été posée en mai 2003, en présence de Bernadette Chirac. L’hôpital s’inscrit dans un projet de santé publique afghan, pour la création d’un pôle de chirurgie pédiatrique, néonatale et fœtale. Il est mené en étroite collaboration avec les autorités sanitaires de ce pays, tant au plan des structures hospitalières qu’à celui de la formation des personnels médicaux. L’hôpital vise une autonomie de fonctionnement qui implique de prendre en charge la formation d’un personnel local capable d’assurer son exploitation. Le projet a coûté 4.8 millions d’euros. Le 7 Novembre 2005, la première intervention chirurgicale pédiatrique débute à Kaboul. A terme, l’hôpital aura une capacité d’une centaine de lits.

 

« C’est ainsi que je suis partie avec le Dr Delarue, chirurgien viscéral pédiatrique et le Dr Fesseau, médecin anesthésiste pour une mission de deux semaines. Cette mission avait pour but la formation du personnel d’anesthésie, ainsi que la réalisation de protocoles.

 

Le matériel d’anesthésie disponible à l’hôpital est très abondant. En salle d’opération, les respirateurs sont des Servo® Siemens équipés sans circuit fermé avec des cuves d’halogénés (sévoflurane et isoflurane). Le protoxyde d’azote n’est pas disponible. Il y a un défibrillateur avec palettes pédiatriques dans les salles. Les chariots de matériel d’anesthésie ont été définis et complétés par les équipes précédentes. En revanche, les consommables font défaut. Les containers ne sont pas encore arrivés à l’hôpital. De fait, l’équipe est venue avec une quantité non négligeable de consommable de France.

 

Il reste évident que les containers et ce qu’ils contiennent sont indispensables pour l’activité d’anesthésie.

 

La formation sur place s’est organisée en apportant un complément de cours déjà dispensés par les équipes précédentes. Il a été constitué un classeur à disposition dans le bloc pour les IADE. Quelques exemples de cours dispensés : drains, tubes, cathéters (cours commun à l’ensemble du personnel infirmier de l’hôpital), exercices de calculs de doses et de dilution pour les infirmiers de bloc opératoire, constantes physiologiques (cardiovasculaires, respiratoires), critères d’extubation, jeûn préopératoire (traduction en dhari), utilisation des halogénés, phases hypnotiques lors d’une induction par inhalation, choix du matériel en fonction de l’âge et le poids de l’enfant. Des protocoles ont été mis en place tels la check list d’ouverture de salle (traduction en dhari),  les protocoles  de décontamination et stérilisation du matériel d’anesthésie, protocole de pose de voie veineuse périphérique. Certains protocoles sont en cours de réalisation (transfusion sanguine en cours de relecture et de compléments, feuille de sortie de salle de réveil en cours de relecture, évaluation de la douleur de l’enfant traduction en anglais).

 

Pendant la mission, le programme opératoire étant peu chargé, l’équipe a plus axé la mission sur la formation théorique des IADE et la mise en place de procédures de base. Quelques exemples de chirurgie pratiquée, hernie inguinale bilatérale avec intubation orotrachéal et blocs inguinaux, pansement sous anesthésie générale avec masque facial, en ventilation spontanée, jonction pyélocalicielle et cure de reflux sous anesthésie générale et intubation orotrachéale, biopsie rectale en ambulatoire, lithiase vésicale sous anesthésie générale et intubation orotrachéale, hypospadias sous anesthésie générale et masque laryngé, circoncision sous anesthésie générale avec masque laryngé et bloc pénien …

 

Le suivi post-opératoire s’effectue en réanimation puisque la salle de réveil n’est pas encore opérationnelle.

La communication pendant les cours et pendant les interventions est difficile avec les infirmiers qui ne parlent pas anglais. Une traduction en dhari est toujours nécessaire pour être sûrs d’être compris. Les responsables de l’hôpital ont décidé que l’anglais serait la langue de communication. Il n’empêche que les infirmiers sont désireux d’apprendre des mots de français.

La mission a été une expérience très positive d’un point de vue professionnel mais aussi personnel ».

Carola Levasseur.

Langues officielles

Pashto, dari

Capitale

Kaboul

Gouvernement

République

Superficie

647 500 km²

Population

27 755 775 hab dont 42% ont – de 14 ans et 2% ont plus de 65 ans

Monnaie

Afghani

Espérance de vie

H=48 ans, F=45 ans

Taux de natalité

41%

Taux de mortalité

17.7%

Taux de mortalité infantile

15,7% 1 enfant sur 4 n’atteint pas 5 ans